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Les Origines des Communes rurales
Les premières traces d’une organisation municipale n’apparaissent guère dans le Pays de Vaud avant le 12ème siècle. C’est dans les villes que l’autonomie communale commence à s’affirmer, en marge du système seigneurial qui assure l’administration de toutes les collectivités locales. A la campagne persiste un régime d’économie domaniale, dans l’extraordinaire enchevêtrement des seigneuries, morcelées à l’extrême. Mais on distingue, à cette époque, deux regroupements. L’un est ancien: c’est la paroisse. L’autre est dû à l’organisation nouvelle que créée Pierre de Savoie: la châtellenie: l’autorité du châtelain, fonctionnaire établi par le comte, s’étend au-delà du bourg où il réside. Nombre de paysans sont d’ailleurs serfs. Bientôt, parce qu’ils doivent l’impôt en nature qu’on appelle la taille, on les désignera sous le nom de «taillables». Ils ne sont pas forcément misérables, ni exploités, mais à la différence des «vilains» libres, ils ne peuvent sans crime quitter les terres du seigneur, «maître de leur corps». La condition des serfs diffère peu d’une seigneurie à l’autre, mais leur nombre varie fortement selon les régions: la Broye, avec Payerne et Moudon, la région d’Yverdon et Grandson son dès le 13ème siècle des îlots de liberté personnelle; le comté de Gruyère, Lavaux, les Ormonts, le Chablais, la vallée de Joux gardent au contraire une forte densité servile. La masse des taillables diminuera constamment, sauf sur certaines terres ecclésiastiques. Les dernières traces du servage ne disparaîtront pourtant, aux Ormonts, qu’au 17ème siècle. L’étude de la condition des serfs vaudois, accomplie par Mme Danielle Cabanis-Anex, donne cependant l’impression que «tous les habitants d’une seigneurie donnée, quelle que soit leur condition personnelle, constituent une collectivité étroitement convergents». Qui défend ces intérêts? Qui veille en particulier sur les biens communs, les pâturages? On voit naître, dans les paroisses, des confréries. Elles portent souvent le nom d’un saint. Elles pratiquent l’entraide. Elles groupent les habitants autour d’un conseil ou de recteurs, élus à ce qu’il semble; elles possèdent leurs terres et parfois leur maison. Dans les paroisses rurales, ce conseil de la confrérie devient celui de la communauté; et cette évolution décisive vers une autorité politique intervient entre le 14ème et le 15ème siècle. On voit alors des villages «résolus à vivre en commune» et invoquant des franchises particulières, qu’ils ne peuvent du reste attester par aucun document. À la même époque, les franchises accordées aux bourgeois des villes s’étendirent aux régions rurales.
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Les Origines des Communes urbaines
Sur le plan municipal, à l’exception de certains noms de lieux et de quelques délimitations territoriales, il ne nous reste rien de l’héritage romain du 13ème siècle. Des institutions communales vont naître très lentement dans les villes, en marge du système seigneurial qui assure toute administration locale, dans les bourgs comme dans le «plat pays». Dans l’ordre social du Moyen Age, à tous les échelons d’une hiérarchie mouvante, un chef accorde sa protection à des inférieurs et leur donne ses ordres; ces inférieurs lui doivent en échange non seulement l’obéissance, mais l’aide de leur personne et de leurs biens. Or, les bourgeois du Pays de Vaud, en négociant chaque fois qu’ils le peuvent les conditions de cette aide, pécuniaire le plus souvent, mais aussi militaire, vont peu à peu s’émanciper. Leur effort s’étend sur deux à trois siècles. L’autonomie administrative et l’organisation des «communes» devront peu à des mouvements violents, des révoltes; Lausanne constitue une exception et le mouvement s’y dessine d’ailleurs plus tôt; l’autonomie fut rarement octroyée de manière expresse par le seigneur, comme il arriva entre le 13ème et le 15ème siècle, à Aigle, Payerne, Palézieux ou Nyon, pièce par pièce, les bourgeois feront reconnaître comme un droit le fait accompli, fondé le plus souvent sur des concessions matérielles, abandon de terrain ou de revenus, arrachées au seigneur avec patience. Dans le cas d’Yverdon, particulièrement bien étudié, on peut distinguer quatre étapes vers l’autonomie de la bourgeoisie, dont des nobles font comme ailleurs partie et à laquelle sont associés les simples habitants, le «commun». Fait à relever, les corporations n’y jouent aucun rôle; les métiers n’ont guère eu de poids politique dans le Moyen Age vaudois. La première étape, qui part de la fondation de la «ville neuve» (1260), vaut aux bourgeois d’Yverdon des privilèges pécuniaires : ils sont pratiquement exemptés des contributions directes et surtout judiciaires; la justice est le plus souvent rendue par un tribunal formé de notables, plus ou moins mandatés par l’ensemble des bourgeois. La deuxième étape voit se constituer les biens communaux, prés et bois; un pas décisif est la fondation de l’hôpital (1308), dont l’administration est confiée à ces mêmes notables ou prud’hommes. La troisième étape, une vingtaine d’années plus tard, est marquée par la reconnaissance d’un corps de conseillers, nommé par l’assemblée des bourgeois, qui désigne ses syndics ou gouverneurs et obtient la cession des revenus appartenant jusqu’alors au seigneur. Ainsi se précise l’autonomie administrative et financière de la commune, au début du 15ème siècle, quatrième étape: jusque-là, le représentant du seigneur présidait à la vérification des comptes communaux; or les notables assument seuls désormais cette responsabilité. Ils ont reçu par ailleurs le droit de désigner les hommes astreints au service militaire. On peut parler désormais d’une véritable autonomie communale.
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